Le Pic vert, rieur des bois et des prés:

Pic vert mâle

Une silhouette ondule dans le ciel de fin d’après-midi, alternant de vigoureux battements d’ailes et de courts vols planés. Cet oiseau au vol ondulant, chaloupé, se plaque soudain contre le tronc d’un vieux pommier. D’un vert olive lumineux, le croupion jaune éclatant comme un signal, l’oiseau rejette la tête en arrière et lance son cri emblématique, une succession de notes sonores et moqueuses qui semble éclater de rire à travers la campagne. Ce rieur, c’est le Pic vert ou Pivert.
S’il partage avec ses cousins la structure robuste, le bec et les griffes de tous les pics, le Pic vert cultive une singularité. Moins forestier que le Pic noir, moins discret que le Pic épeiche ou le Pic mar, il est le véritable trait d’union entre la forêt et le jardin.

Du rouge et du vert : décrypter le plumage

De loin, le Pic vert apparaît comme un oiseau vert et rouge. De près, les nuances révèlent une splendide complexité de couleurs. Le dos arbore un vert feuille texturé, tandis que le dessous du corps tire sur un gris-vert pâle et mat. Son visage est marqué d’un masque noir intense entourant un œil blanc très vif, presque perçant.
Le dimorphisme sexuel chez cette espèce est subtil mais bien réel, se logeant principalement dans les détails de la moustache faciale. Le mâle arbore une moustache rouge vif bordée de noir, qui descend de la base du bec. Chez la femelle, cette même moustache est entièrement noire, sans la moindre pointe de rouge. Tous deux partagent en revanche cette calotte rouge écarlate qui court du front jusqu’à la nuque.
Les jeunes de l’année se reconnaissent facilement à leur plumage très différent de celui de leurs parents. Ils sont mouchetés et rayés de gris sombre et de beige sur l’ensemble du corps, évoquant un camouflage forestier très efficace durant leurs premières semaines d’émancipation.

Un grand amateur de fourmis

Contrairement aux autres membres de sa famille qui passent la quasi-totalité de leur existence à arpenter verticalement l’écorce des arbres, le Pic vert est un oiseau résolument terrestre. Son comportement trahit cette habitude : on l’observe très souvent au milieu des pelouses, des vergers ou des prairies pâturées, progressant par petits bonds légèrement gauches, la queue basse et la tête haute, à l’affût du moindre mouvement.
Cette habitude s’explique entièrement par son régime alimentaire. Le Pic vert est un grand spécialiste des fourmis. 

Photo de Pic vert mâle

À l’aide de son bec puissant, il ne martèle pas autant que les autres pics le bois pour y déloger des larves mais il détruit surtout les fourmilières au sol. Des études comportementales, comme celle publiée dans la revue Bird Study, démontrent que les pics verts sélectionnent préférentiellement les pâturages pâturés à l’herbe rase et riches en biodiversité florale, car ils y trouvent d’importantes colonies de fourmis.
Une fois la brèche ouverte, l’oiseau déploie une langue démesurée, capable de s’étirer de plus de dix centimètres au-delà de l’extrémité de son bec. Cette langue est enduite d’une salive extrêmement gluante sécrétée par des glandes salivaires hypertrophiées, et son extrémité est munie de minuscules crochets. L’oiseau peut l’enfiler directement dans les galeries souterraines des fourmilières, capturant par dizaines ouvrières, nymphes et œufs d’un seul mouvement.

Les secrets de la loge et le rôle écologique

Au printemps, le Pic vert redevient un bâtisseur. S’il tambourine beaucoup moins que le Pic épeiche pour marquer son territoire, préférant largement ses vocalisations sonores, il utilise son bec comme un véritable ciseau à bois pour la nidification. Le couple choisit généralement un arbre au bois tendre ou déjà affaibli par des champignons lignivores, comme un vieux peuplier, un saule ou un hêtre. Durant près de trois semaines, le mâle et la femelle se relaient pour creuser une cavité profonde, façonnant une entrée parfaitement circulaire d’environ six centimètres de diamètre.
Cette activité constructive confère au Pic vert un rôle d’ingénieur écologique majeur au sein des écosystèmes. La création de ces cavités, appelées loges, est essentielle pour toute une faune dite « cavicole » qui est incapable de creuser elle-même son habitat. Une fois abandonnée par les pics à la fin de la saison de reproduction, la loge devient un refuge précieux pour la nidification des mésanges, des sittelles torchepots, des étourneaux sansonnets, des chouettes chevêchettes ou athéna mais aussi pour l’hibernation des chauves-souris ou l’installation de petits rongeurs forestiers comme le lérot. Sans le travail initial du Pic vert, la biodiversité de ces milieux boisés serait considérablement réduite.

Pic vert juvénile femelle

Sédentaire, commun mais à risque…

Contrairement à d’autres oiseaux, le Pic vert est une espèce profondément sédentaire. Les adultes ne migrent jamais et passent toute leur vie au sein d’un territoire restreint de quelques dizaines d’hectares. Les jeunes effectuent simplement une courte errance automnale à la recherche d’un territoire vacant, ne s’éloignant que très de leur lieu de naissance.
En Bretagne, le Pic vert trouve un territoire particulièrement accueillant. Le maillage bocager traditionnel breton, constitué de haies denses alternant avec des prairies permanentes et des vergers de pommiers à cidre, correspond exactement aux exigences écologiques de l’espèce. Le climat doux et humide de la péninsule favorise de surcroît la présence continue de colonies de fourmis tout au long de l’année.
Cependant, les actualités ornithologiques invitent à la vigilance. Même si l’espèce reste considérée comme commune, les suivis menés par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) soulignent la fragilité de ses milieux de vie. Le recul généralisé des prairies de fauche au profit des cultures céréalières et la réduction drastique de la ressource en insectes due aux traitements chimiques pèsent sur l’espèce à l’échelle européenne.

Femelle Pic vert juvénile

Le défi : photographier le rieur 

Pour le photographe de nature, le Pic vert représente un sujet à la fois terriblement tentant et redoutablement difficile. Bien qu’il fréquente les pelouses de nos parcs, l’oiseau conserve une méfiance farouche et une distance de fuite importante. À la moindre silhouette humaine profilée à l’horizon, il s’envole en lançant son cri d’alarme moqueur, laissant souvent l’observateur bredouille.
Pour réussir à capter son image sans le perturber, plusieurs approches sont possibles. On peut opter pour l’affût fixe au sol, en installant une tente de camouflage à proximité d’une zone régulièrement fréquentée par l’oiseau pour se nourrir. L’utilisation d’un téléobjectif puissant est indispensable pour préserver une distance de sécurité et respecter sa tranquillité.
L’autre méthode consiste à observer les zones de nourrissage et à repérer les vieilles fourmilières au sol, là où le Pic vert revient souvent aux mêmes heures de la journée. Enfin, au moment du nourrissage des jeunes au printemps, se poster à bonne distance de l’arbre nidificateur en restant parfaitement dissimulé.
Ma méthode personnelle, lors de mes errances photographiques en billebaude, est de compter sur la chance, la patience et l’écoute pour le repérer et la connaissance fine de ses habitudes, la discrétion et un téléobjectif pour le photographier sans le déranger. .

Femelle Pic vert juvénile

Femelle Pic vert juvénile

Femelle Pic vert juvénile

Femelle Pic vert juvénile

Femelle Pic vert juvénile

Femelle Pic vert juvénile

Pic vert mâle

Pic vert mâle

Pic vert juvénile mâle

Pic vert juvénile mâle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert juvénile femelle

Pic vert mâle

Pic vert mâle

Pic vert femelle juvénile

Pic vert femelle juvénile

Pic vert mâle

Pic vert mâle