L’Ibis sacré, de l'Égypte antique aux marais bretons

L’oiseau du mois ce mois ci n’est pas le plus beau, même si c’est subjectif, mais il illustre parfaitement le dilemme des scientifiques et des naturalistes devant l’invasion de nouvelles espèces.

Pourquoi son nom?

L’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) doit son nom à sa vénération dans l’Égypte antique. Incarnation terrestre du dieu Thot, patron des scribes, de la sagesse et de la science, il était associé aux crues bienfaitrices du Nil. 

Ibis sacré

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Des millions de ces oiseaux ont été momifiés et déposés dans des catacombes comme celles de Saqqarah ou de Tounah el-Gebel en hommage à la divinité. Son long bec recourbé rappelait le croissant de lune, symbole lié à Thot. Ironiquement, alors qu’il ornait les fresques pharaoniques, l’Ibis sacré a aujourd’hui complètement disparu d’Égypte en tant que reproducteur.

Son milieu d’origine 

Originaire d’Afrique subsaharienne et d’une partie du Moyen-Orient, l’Ibis sacré fréquente les zones humides, prairies inondables, marges de lacs et estuaires. C’est un oiseau grégaire qui niche en colonies, souvent mêlé à d’autres échassiers. On le reconnait à son plumage blanc contrastant avec une tête et un cou nus d’un noir profond.

Opportuniste par excellence, il utilise son long bec sensible pour sonder la vase et capturer insectes, mollusques, amphibiens, petits poissons, voire crustacés. En Afrique, il fréquente régulièrement les abords des dépotoirs ou les restes d’animaux.

Dans son aire naturelle, l’espèce effectue des déplacements nomades ou migratoires liés aux saisons des pluies pour suivre la disponibilité des zones humides. C’est un oiseau très sociable qui dort et voyage en groupe.

Son introduction en Bretagne et les raisons de sa prolifération

Dans les années 1970 et 1980, le parc zoologique de Branféré, dans le Morbihan, a accueilli des ibis sacrés en liberté de vol. S’échappant progressivement du parc, quelques individus ont commencé à former des colonies sauvages au début des années 1990 dans le golfe du Morbihan, la Brière et jusqu’au lac de Grand-Lieu.

Son adaptation fulgurante en Bretagne et dans l’Ouest de la France s’explique par plusieurs facteurs écologiques :

5 Ibis sacrés et un Ibis falcinelle

Les Ibis sacrés cotoient un Ibis falcinelle seule espèce d’Ibis naturellement présente en France

Les actions menées : gestion, controverses et études

Au milieu des années 2000, la population d’Ibis sacrés atteignait plus de 5 000 individus dans l’Ouest de la France. Classé comme espèce exotique envahissante, l’Ibis sacré a été accusé de menacer la faune locale par la prédation sur les œufs et poussins d’espèces protégées (sternes, guifettes noires, échasses blanches)

Face à ce constat, un plan de régulation drastique a été ordonnée par la préfecture et orchestrée par les services de l’État (ONCFS/OFB) à partir de 2007-2008 :

L’ Ibis sacré est un oiseau au charme très relatif.  Il est plus impressionnant qu’élégant.

Ibis sacré

Conclusion : L’Ibis sacré, un cas parmi d’autres espèces d’oiseaux invasives en France

L’histoire de l’Ibis sacré n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un phénomène global d’introduction d’espèces exotiques envahissantes qui interroge régulièrement les gestionnaires de la biodiversité en France métropolitaine.
D’autres espèces d’oiseaux échappées de captivité ou introduites par l’Homme connaissent une expansion marquée :

L’Ouette d’Egypte figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne

Ouette d'Egypte

À l’instar de l’Ibis sacré, la présence de ces oiseaux soulève un arbitrage complexe pour les biologistes : mesurer précisément l’impact réel sur les écosystèmes locaux avant de décider d’une éventuelle intervention, tout en tenant compte de l’attachement du public envers des espèces souvent perçues comme spectaculaires et familières.