Traquet motteux en vol: un défi technique
Ce mois-ci, je vous présente une photo choisie davantage pour son aspect technique que pour sa seule valeur esthétique.
EXIF: Canon R7, Zoom Canon RF 200-800 à 600 mm, ISO 2000, 1/2000s à f/16
Photographier un oiseau en vol relève souvent du défi, car il faut concilier plusieurs impératifs contradictoires :
1. Le positionnement
- Se mettre à hauteur d’envol : Cela permet d’éviter les prises de vue en contre-plongée, qui ne révèlent souvent que le ventre et les pattes.
- Anticiper la trajectoire : Il est préférable de se placer face au vol de l’oiseau. Cela implique de ne pas l’effrayer, sous peine d’obtenir de superbes photos… de dos (j’en ai une belle collection ! 😊). Pour y parvenir, il faut soit pratiquer l’affût — ce qui n’est pas ma spécialité —, soit utiliser un puissant téléobjectif.
- Soigner l’arrière-plan : Un fond dégagé s’isole naturellement pour faire ressortir l’oiseau. À défaut, il faut travailler à grande ouverture (faible profondeur de champ), une caractéristique réservée aux téléobjectifs très haut de gamme.
2. Les réglages
- La vitesse d’obturation : Indispensable pour figer le mouvement. Comptez au minimum 1/2000 s pour un traquet motteux, et jusqu’à 1/8000 s pour une hirondelle ou un colibri.
- La profondeur de champ : Une zone de netteté suffisante est nécessaire pour garder tout l’oiseau net, sans pour autant rendre le fond trop présent.
- La lumière : L’équation entre vitesse rapide et profondeur de champ exige une belle luminosité, mais sans soleil trop dur pour éviter les ombres portées et les contrastes violents.
3. Et enfin de la patience Il faut savoir attendre le moment opportun.
La prise de vue : Traquet motteux sur l’île Hoëdic (Morbihan)
Pour ce cliché, j’ai bénéficié de conditions idéales :
- Une douce lumière de fin d’après-midi début octobre, sous un ciel légèrement voilé ;
- Une grande abondance de traquets motteux (les passereaux du Nord ayant rejoint les résidents de l’île avant leur grande migration vers l’Afrique) ;
- Un champ de chardons, perchoir très prisé de l’espèce.
Je me suis assis au milieu de ce champ, à hauteur de leurs perchoirs, en espérant une envolée dans ma direction. En arrière-plan, la dune et d’autres chardons plus éloignés garantissaient une belle séparation.
Côté réglages, j’ai fermé à f/16 pour garantir une profondeur de champ confortable, couplé à une vitesse de 1/2000 s. En ISO automatique, le boîtier a grimpé à ISO 2000, un niveau de bruit numérique très bien contenu par le capteur.
Après quelques minutes d’attente, l’occasion s’est présentée : j’ai pu capturer ce traquet en plein vol à bonne distance, avec une focale de 600 mm (soit un équivalent 960 mm sur mon boîtier APS-C).
Réunir toutes ces conditions favorables relève du rare privilège !